Max von Sydow dans Une Passion d'Ingmar Bergman (1969)

Une Passion, Ingmar Bergman


le meilleur d’Ingmar Bergman…

…a été produit dans les années Soixante.
Souvent adulé pour des œuvres que je trouve en toute subjectivité médiocres, Ingmar Bergman a produit les films les plus importants de sa carrière entre 1960 et 1969.
De La Source à Une Passion, cette décennie est celle que je préfère dans la carrière du metteur-en-scène suédois. Fraîche, expérimentale, métaphysique, elle s’achève avec ce joyau visuel, presqu’aussi beau que Les Chevaux de feu de Sergueï Paradjanov.

l’île des condamnés

Une Passion commence par un plan de moutons paissant. Nous sommes sur Fårö, l’île de la Baltique où les ovins sont plus nombreux que les humains. Andreas, un homme maladroit, répare son toit et observe une parhélie. En Suédois, cette illusion d’optique où trois soleils apparaissent dans le même ciel, est appelée « loup de soleil ». Dans le folklore, on dit qu’elle annonce le mauvais augure. Une Passion, achevant la trilogie sur l’artiste insulaire après L’Heure du loup et La Honte donne le ton: nous sommes dans un film fantastique.

Le toit qui fuit, l’intérieur surchargé de bibelots et l’atelier de son ex-femme resté inchangé sont autant de métaphores de la vie d’Andreas. (H)ermite, dans le sens de messager et de solitaire, il trace une route sinueuse avec sa bicyclette vers son unique ami Johan dans une scène ayant assurément inspiré Le Sacrifice d’Andreï Tarkovski.
La futilité, le malaise et le manque de sociabilité sont tangibles. Etre vraiment seul s’avère encore plus difficile que d’être seuls à deux. On est tordu ou on ne l’est pas. Cette première rencontre ondulante et amicale préfigure l’arrivée dans la vie d’Andreas de celle pour qui ça ne tourne pas rond: Anna.

Anna, boîteuse sans le sou, est une fanatique. Vivant dans le mensonge en espérant atteindre la vérité, la jeune veuve idéalise et refuse tout ce qui est extérieur à ses fantasmes de bonheur. Anna se complaît dans son rôle de victime, est lésée par les soupçons et les remords et finit par trouver ses propres boucs émissaires.

Bientôt les cadavres frais ou en devenir, ces marionnettes désarticulées, creuses, apparaissent. Comme dans Persona et La Honte, la mort semble être la conséquence de ce mal inhérent qui endurcit les corps des vivants, les ralentit, les rend maladroits et les paralyse.
La dégradation crée une matrice esthétique inorganique, où le brun de la boue, le bleu du ciel, le gris de la mer, le blanc de la neige et le rouge du sang et des flammes nous content le véritable drame d’Une Passion.

A la vision du film, on songe aux teintes surréelles de l’Ile des Condamnés de Stig Dagerman et au Traité des couleurs de J.W. Goethe. D’ailleurs on peut affirmer qu’Une Passion est un film goethéen, dans le sens où la lumière y confronte l’obscurité.

Emil Jannings comme Mephistopheles dans le Faust de Murnau rappelle le Dieu évoqué par Eva dans Une Passion d’Ingmar Bergman

Le Mephistopheles du Faust de Murnau rappelle le Dieu évoqué par Eva dans Une Passion.

Faust est alors une influence indéniable. Quand Andreas accepte de poser pour les photographies d’Elis, il perd son âme, accède aux plaisirs charnels, et perd son humanité… tel le savant du conte.

Les passions mènent à la Passion, cet état de souffrance intense où le temps tourne en rond, n’existe plus, et met en abyme la projection cinématographique.



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