Volcano, film islandais de Rúnar Rúnarsson

Volcano {Eldfjall}, Rúnar Rúnarsson


Bouillonner et réaliser que ce qu’on a aimé n’est plus.

Un cadre bleu mis en mouvement, dérangé par une turbulence rouge-orangée, tel est le drame visuel du drapeau islandais et de Volcano.
Commençant par l’évacuation d’une île quelques décennies plus tôt suite à une éruption volcanique, le premier long-métrage du réalisateur islandais Rúnar Rúnarsson, nous conte l’histoire de déracinés qui n’ont jamais pu ni faire le deuil de leur terre ni s’adapter à leur nouvelle condition.
Comme dans La Dernière Ferme, la dernière demeure du court-métrage éponyme de Rúnar Rúnarsson, Volcano montre la douleur et la désagrégation d’une famille.

Theodór Júlíusson dans le film islandais Volcano (Eldfjall)

Volcano est en effet un drame au sens noble du terme: psychologique, sensible, profond.
Alors que le héros, Hannes, un homme d’une soixantaine d’années, passe son dernier jour dans l’école où il aura travaillé 37 ans avant de prendre enfin sa retraite, il devient mélancolique.
Insatisfait depuis trois décennies, il se revendique toujours comme pêcheur, et réalise que maintenant qu’il ne va plus occuper sa vie avec un travail qui ne lui plaisait pas, il va avoir trop de temps pour penser à ses regrets et va même envisager un moment de mettre fin à ses jours.

De profil, de dos, peu causant, Hannes, est ce héros bourru auquel la mise-en-scène de de Rúnar Rúnarsson s’applique à identifier le public.
Entier, peu gracieux et peu diplomate, il est une force de la nature, un volcan fulminant à lui tout seul. Ne pouvant contrôler ni sa vie ni les choix de ses enfants ni l’état de santé de son épouse, il est en perpétuelle révolution contre le monde entier.
Pour se calmer, un seul remède: prendre son vieux bateau et partir en mer pour pêcher. L’étendue d’eau offre le seul cadre avec une vraie perspective dans des nuances de bleu, de blanc, de gris. Visuelle d’abord, la profondeur de l’image est un miroir de l’état psychologique de l’ex-pêcheur.
Aux miroirs et fenêtres dans lesquels il n’est que le reflet de lui-même lorsqu’il est avec sa famille se substituent les vagues et le ciel.

Le bateau prend l’eau. Un instant, Hannes veut ne rien faire, allumer une dernière cigarette rouge incandescente et attendre la mort. Mais voilà, l’horizon lui redonne espoir. Il pompe, attend les secours, est en route pour une nouvelle vie.
Son bateau endommagé sera bientôt dans son jardin où il passera le plus clair de son temps à le retaper.

Theodór Júlíusson & Margrét Helga Jóhannsdóttir dans Volcano du réalisateur islandais Rúnar Rúnarsson

Volcano: L’art de pleurer tout seul

De retour chez lui, Hannes se dénude, fait sécher ses habits avant de surprendre une conversation entre son fils et sa fille. Nu, isolé, et derrière une fenêtre, il renaît en découvrant que ses enfants ne l’aiment pas et se demandent pourquoi leur mère s’évertue à rester avec cet infâme goujat. C’est le déclic qui va pousser Hannes à devenir un meilleur époux. Toutefois, le contraste étant tellement choquant, sa femme en fait une attaque cérébrale. Il va s’occuper d’elle malgré ses pleurs, son incapacité première à changer les couches de la morte-vivante et l’incompréhension de ses enfants qui préféreraient voir leur mère dans une maison spécialisée.

Le chemin de croix de Hannes s’achèvera sur son île volcanique, le seul espace où les expériences de liberté, d’espace et de perspective lui étaient possibles.

Volcano de Rúnar Rúnarsson est le meilleur film de l’année -pour l’instant. Dans une classe au-dessus des fanfaronnades de Lars von Trier ou Nicolas Winding Refn encensés plus que de raison, l’éruption de beauté étourdissante de Volcano recouvre le reste des longs-métrages de 2011 d’une épaisse couche de cendres grisâtres.

Abonnez-vous à la newsletter

Signup now and receive an email once I publish new content.

I will never give away, trade or sell your email address. You can unsubscribe at any time.

recherches populaires