De La Traite des Blanches à Nymphomaniac


Quand on vous parle de cinéma scandinave, cela vous évoque parfois Le Péché suédois… pas le titre racoleur traduisant le Landau (« Barnvagnen ») du film de Bo Widerberg, mais un cinéma où érotisme et scènes sulfureuses seraient les garants d’une société libérée (ou frustrée).

Puis, en cherchant, vous réalisez que le pays producteur de films avec héroïnes dénudées n’est pas la Suède avec ses Schwedenfilm, mais bien le Danemark. Pour preuve, ces quelques films sortis avant Nymphomaniac.

Vous y verrez que la vulve est bien plus qu’une simple parenthèse dans l’histoire du cinéma danois.

La Traite des Blanches

Réalité historique rarement enseignée dans ces parties du monde, la traite d’esclaves caucasiens permet à l’histoire de l’art au XIXème siècle puis au cinéma danois au début du XXème siècle – un des cinémas les plus puissants du monde avant la Première Guerre mondiale – de montrer des femmes objets, réduites à l’esclavage sexuel dans des contrées éloignées. Les films mettant en scène ce trafic humain seront un des sous-genres les plus remarquables des années 1907-1911, avec Den hvide slavinde (L’Esclave blanche, 1907) puis surtout Den hvide slavehandel d’August Blom (La Traite des Blanches, 1910), premier long-métrage (21 minutes) produit par la Nordisk Film et plagiat d’un film éponyme produit par Fotorama la même année. Le film est un tel succès que l’année suivante, August Blom réalise Den hvide slavehandels sidste offer (« La Dernière victime de la traite des Blanches ») et Mormonens offer (« La Victime du Mormon »), tous deux traitant de ces enlèvement de filles naïves vouées à intégrer un harem.

Danish sex comedy aka Schwedenfilm

Les décennies passent et après 1950, un changement se produit dans la perception des films nordiques. Que se passe-t-il quand des producteurs danois réalisent que la fraîcheur de Elle n’a dansé qu’un seul été d’Arne Mattsson (Ours d’or au Festival de Berlin), Monika d’Ingmar Bergman et Je suis curieuse de Vilgot Sjöman sont perçus hors de Scandinavie comme des œuvres graveleuses? Ils commencent à produire eux-mêmes des « films suédois« . Le succès d’un certain cinéma d’exploitation (comédies érotiques etc…) est tel que des acteurs reconnus comme Axel Strøbye participent eux aussi à ces sagas sexy, parmi lesquelles la célèbre série des « Sur le rebord du lit » :

  • Mazurka på sengekanten (« Mazurka sur le rebord du lit », 1970)
  • Tandlæge på sengekanten (« Dentiste sur le rebord du lit », 1971)
  • Motorvej på sengekanten (« Voie à double sens sur le rebord du lit », 1972)
  • Rektor på sengekanten (« Recteur sur le rebord du lit », 1972)
  • Romantik på sengekanten (« Romantique sur le rebord du lit », 1973)
  • Der må være en sengekant (« Cela doit être un rebord de lit », 1975)
  • Hopla på sengekanten (« Hop la sur le rebord du lit », 1976)
  • Sømænd på sengekanten (« Marin sur le rebord du lit », 1976)

Bref, tout est bon pour montrer des jeunes et jolies filles dénudées…

Nymph()maniac

Bien sûr la Suède aura aussi produit quelques opus sulfureux pour voguer sur la vague danoise de « films suédois ». Sa vedette incontestée des années soixante-dix est Christina Lindberg, héroïne du film de rape & revenge Thriller, en grym film autant que d’Anita (Les Impures, 1973), un film réalisé par Torgny Wickman. Ce-dernier film vous intéressera, vous fans devant l’Éternel de Stellan Skarsgård, car il y interprète un jeune étudiant en psychologie écoutant les aventures d’Anita, une nymphette insatiable.

Aussi, en découvrant son personnage dans Nymphomaniac, vous réaliserez que le méta-cinéma s’infiltre partout, même dans le cinéma post-pornographique danois. Épatant, non ?

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