The Yard {Yarden}, Måns Månsson


Adaptation du roman autobiographique de Kristian Lundberg, Yarden débute juste au-dessus de l’eau en pleine nuit.
L’écran noir est ponctué de tâches lumineuses. Le ton est donné : le nouveau long-métrage de Måns Månsson sera un film sur les surfaces.

Explorer les dessous invisibles du monde

Anders, le « héros » de Yarden est au début du récit un poète maudit. Ou plutôt un poète qui ne touche pas. L’homme des sens cachés du monde met mal à l’aise. Les spectateurs sourient tant ses tentatives d’émouvoir auditeurs comme libraires échouent. Alors, un jour, Anders décide de passer de l’autre côté de la membrane. Il publie une critique assassine de son propre recueil. Et se fait virer.

Pour la première fois, Anders n’est plus associé à des surfaces planes et avalantes. La perspective permet au héros de se libérer physiquement. Les dos de livres reviendront régulièrement comme motif plastique. Anders a laissé mentalement et physiquement la littérature derrière lui.

Mais que faire sans revenus et sans diplômes quand l’argent vient à manquer ?

Le père célibataire d’un ado incapable de rien faire – même pas se moucher tout seul (!) – est bientôt envoyé par une boîte d’intérim pour travailler sur Yarden. Yarden est la plaque tournante du port de Malmö où arrivent des véhicules d’importation. Il y est interdit de tout faire (parler, écouter de la musique, fumer, téléphoner). L’uniforme qu’est la tenue de travail et la forêt de véhicules indifférenciés soulèvent un paradoxe. Leur visibilité (couleurs orange et blanche) ainsi qu’un règlement très strict cachent entorses, vols, mensonges et délation.

Dans ce milieu de faux-semblants où les ouvriers sont réduits à leur numéro de matricule, le naïf Anders « 11811 », unique « Suédois de souche », est mis à l’écart, puis bientôt exploité.

Alors que son économie et ses relations avec son fils devraient se stabiliser maintenant qu’il a un « vrai travail », Anders découvre que pour s’en sortir physiquement et économiquement, il faut laisser ses idéaux de côté.

Le poète idéaliste se fait ouvrier conformiste

L’ascension sociale passe forcément par le piétinement de plus petit que soi. Et c’est seulement à partir du moment où délation et mensonge sortent de la bouche de l’ancien poète que le ciel et les vues d’ensemble en plongée font enfin leur apparition.
On sourit, on rit franchement des frustrations d’Anders. Puis on découvre que le malaise est là, amer. Le travail physique et la volonté de se conformer aux exigences d’un patron ont détruit l’humanité de l’ancien écrivain. Celui qui voulait transcender les dessous cachés du monde en faisant de la plongée sous-marine, troque son hobby nocturne pour une TV. L’authenticité laisse place au simulacre, et la lumière d’une torche tenue à la main à l’obscurité d’un écran plat qu’on n’arrive pas à brancher.

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