trailer de la semaine

Chaque semaine, le teaser, la bande-annonce ou l’extrait d’un film scandinave récent… ou pas.


The Yard {Yarden}, Måns Månsson

Adaptation du roman autobiographique de Kristian Lundberg, Yarden débute juste au-dessus de l’eau en pleine nuit.
L’écran noir est ponctué de tâches lumineuses. Le ton est donné : le nouveau long-métrage de Måns Månsson sera un film sur les surfaces.
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Bonne chance et prenez soin l’un de l’autre {Lycka till och ta hand om varandra}, Jens Sjögren {2012}

Certains films suédois ont tendance à avoir des titres longs et tordus. De Vi hade i alla fall tur med vädret igen! à Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann, la longueur d’un titre de film suédois peut indiquer sa tonalité. En règle générale, plus un titre de film sera compliqué à mémoriser, plus son sujet sera absurde et décalé, ce qu’illustrent aussi bien le titre du documentaire En enastående studie i mänsklig förnedring que celui de la comédie dramatique En duva satt på en gren och funderade på tillvaron. En cela, Lycka till och ta hand om varandra (« Bonne chance et prenez soin l’un de l’autre ») est honnête dès son affiche, car rarement dans le cinéma suédois contemporain poésie quotidienne et long-métrage auront rimé avec tant de charme.

 

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Le Gogol à la guitare {Gitarrmongot}, Ruben Östlund 2

Le Gogol à la guitare (Gitarrmongot), premier long-métrage de Ruben Östlund, sort en octobre 2004 – je vois alors son affiche tous les jours dans le métro. La critique suédoise est très partagée. Soit on encense le premier long-métrage suédois entièrement tourné en numérique, soit on sabre son manque de tension et de goût pour la narration. Rétrospectivement, si Gitarrmongot n’est pas le film le plus abouti de son réalisateur, il pose les bases de son esthétique et de son idée du cinéma – à l’ère du numérique.

Le cinéma suédois de la nouvelle génération

Débutant par Allsång på Skånsen – show estival musical qui anime Stockholm aussi bien que les petits écrans – l’image télévisuelle illustrant Stockholm i mitt hjärta (Stockholm dans mon cœur) est bientôt brouillée. L’idylle chantée et associée à la capitale suédoise est parasitée par le gogol du titre – davantage gogol que mongolien – en train de vandaliser l’ensemble des paraboles fixées sur le toit d’un bâtiment.

Une autre image est nécessaire : éloignée, statique et quasi-documentaire.

La télévision – et pas seulement suédoise – est associée à la niaiserie. Mais si elle est une boîte à cons, Ruben Östlund découvre bientôt que la population suédoise qui l’intéresse n’est guère plus intelligente.

L’oisiveté est mère de tous les vices

Les deux premiers personnages principaux du Gogol à la guitare sont Erik, l’enfant bruyant, massacrant à la guitare sèche la musique et les oreilles de passants à la sortie des boutiques de Jöteborg, et la dame bourrée de TOC. Si rire de ces personnes avec des problèmes met mal à l’aise, le reste de la galerie de personnages énerve et fait honte. Du groupe de jeunes vandalisant des vélos aux bikers obsédés par les éventuelles rayures sur leurs motos et aux losers adeptes de la gâchette et de la roulette russe, Östlund dresse le portrait d’une communauté gouvernée par la peur, l’ennui et une oisiveté destructrice.

Un monde de dégénérés

Avant la moitié du premier long-métrage de Ruben Östlund, le spectateur – actif mais indifférent – réalise que le gogol musicien et la dame bourrée de TOC, malgré leurs problèmes, sont peut-être les personnes les plus saines de Jöteborg. Contrairement aux êtres décervelés qui (se) détruisent par plaisir (à la Jackass, l’humour en moins) et qui s’avèrent être d’authentiques dégénérés.

Jöteborg dans mon…

S’achevant sur l’espoir et la liberté, Gitarrmongot vaut le coup d’être découvert si l’utilisation de la géographie de Göteborg, des troupeaux d’individus, des transports en commun, des ponts ou des vitres est ce qui vous plaît dans le cinéma de Ruben Östlund.