La première chose à laquelle vous pensez à l’évocation de la dimension sidérale du cinéma de Lars von Trier est bien sûr la constellation fantaisiste des Trois mendiants, comme alter ego aux Rois Mages guidés par une étoile. Pourtant ces étoiles sont loin d’être les plus visuelles et les plus intéressantes de l’œuvre du metteur-en-scène danois, dont l’œuvre recèle de milieux claustrophobes au possible -bunkers, wagons de trains sépulcraux ou scènes de théâtre plongées dans la noirceur.

Quand Melancholia décline la trinité du précédent long-métrage de Lars von Trier…

Antichrist, l’astre flamboyant, qu’il soit soleil, lune ou planète, apparaît comme promesse d’une mort imminente, l’angoisse en moins.
Melancholia sort sur les écrans français le 10 août. Attendrez-vous, vous aussi, trois jours de plus pour voir le dernier film de Lars von Trier la nuit de pleine lune du 13 août?
Europa, dernière partie de la trilogie européenne de Lars von Trier après Element of crime (1984) et Epidemic (1987) est un roadmovie ferroviaire dans l’Allemagne de l’année zéro.
Co-produit par le Danemark, la Suède, l’Allemagne, la Suisse et la France, Europa était projeté pour la première fois il y a exactement 20 ans, le 12 mai 1991, au Festival de Cannes.
A cette question complexe, le film de Lars von Trier choisit de répondre avec pragmatisme:
L’Europe est un réseau artificiel basé sur l’industrie métallurgique dans les pays touchés par les séquelles de la Seconde Guerre Mondiale.
Dans ce monde préfigurant la CECA des années Cinquante, le réseau est matérialisé par le tracé ferroviaire. L’industrie salissante du charbon et de l’acier devient la nuit sépulcrale durant laquelle se déroule l’action. Les Européens, eux, n’existent pas. Ils sont de tous horizons, de toutes confessions: ils sont réduits à des types sans épaisseur.
Leopold, l’Américain naïf et idéaliste arrive dans cette Europe dont l’Allemagne de l’année zéro est la métonymie. Candide embarqué dans une odyssée du rail, son voyage initiatique lui apprendra, à ses dépends, qu’on ne gagne ni bataille ni respect avec de bons sentiments.
Tout commence ainsi dans un pays en ruine. Le héros crédule voyage dans l’obscurité d’un wagon-lit. La désorientation, la claustrophobie, les routines et un état de sommeil toujours plus proche sont autant de métaphores de la salle de cinéma. Dans ce monde chaotique de noir et blanc et de couleurs, les registres se chevauchent. La voix off, l’hypnose, les dialogues polyglottes, le mot écrit, les superpositions, et autres ellipses témoignent d’une maîtrise cinématographique infaillible, qu’il aurait été impossible de surpasser.
En 1991, au 44ème Festival de Cannes, Europa fut récompensé par le Grand Prix technique et le Grand Prix du Jury.
20 ans ont passé. En 2011, quelle récompense cannoise couronnera Melancholia?

Lion d’Or au Festival de Venise en 1955 et Golden Globe du meilleur film en langue étrangère en 1956, Ordet de Carl Theodor Dreyer est un film sur le miracle de la résurrection.
.
En 1955, Carl Theodor Dreyer n’a plus mis en scène de longs-métrages depuis Jour de Colère (1943). Maintenant exploitant du cinéma Dagmar, il a une économie plus stable pour lui permettre d’investir dans un projet bon marché. Il est prêt à quitter les salles obscures pour la lumière du Jutland.
Ordet, la Parole, est l’adaptation d’une pièce de Kaj Munk, pasteur fusillé pendant la Seconde Guerre Mondiale.
L’histoire est celle de deux familles aux croyances divergentes et dont les enfants tombent, évidemment, amoureux. Un des frères du Roméo moderne, mon messie cinématographique préféré, Johannes, est incompris par son entourage, convaincu de sa folie. Persuadé d’être le messie, Johannes va faire le lien dans cette communauté par sa par(ab)ole atonale et sujette à l’incrédulité.
Il faudra le miracle final pour qu’on le considère enfin comme un Saint.
Alors qu’il est temps d’achever ce programme danois qui aura rythmé la Semaine Sainte, revenons sur les collisions esthétiques des sept derniers jours.
D’un côté, le sentiment religieux et la vertu du cinéma de Carl Theodor Dreyer.
De l’autre, le dogme (cinématographique) et le cinéma des effets de Lars von Trier.
Leurs différences?
A vous de les lister dans les commentaires!
Rien ne vaut un bon drame pour une Saint-Valentin réussie.
Parce qu’il n’y a rien de plus déprimant que de passer une soirée devant une comédie romantique quand on est seul(e) chez soi avec sa plante verte ou son chat, Gertrud, est le film que tout célibataire cinéphile doit avoir vu.
Infidélité, déceptions amoureuses et vertus de l’amitié sont les composantes de ce chef-d’œuvre de Carl Theodor Dreyer, qui soit dit en passant est mon long-métrage scandinave préféré.
Film visionné à chaque fois que je me retrouvais célibataire malgré moi, Gertrud incarne la perfection en matière de consolation cinématographique.
A revoir à chaque fois qu’on se sent trahi(e) ou seul(e) au monde.
